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Un Arum suave

Arum 3981Rhabillons le Koicédon de mercredi dernier... La structure proposée en gros plan est une inflorescence d'Arum (famille des Aracées). La plante pousse dans les sous-bois humides, au fond du jardin aussi si celui-ci est bien moussu. L'inflorescence est cachée à l'intérieur d'une "feuille" (une bractée) enroulée sur elle-même, la spathe. Lorsque l'inflorescence est prête, la spathe s'entrouvre et apparait ...

Arum 4227 ... une "massue" ! C'est un axe dressé, appelé le spadice. C'est un gratte-ciel sur lequel les fleurs de l'Arum se développent. Continuons le déshabillage, en étant cette fois un peu moins respectueux des vêtements.    

Arum 4017Les fleurs sont toutes petites, accrochées à la base du spadice, cachées au creux de la spathe que nous avons ici découpée. Le spadice (la massue) est rougeâtre. On distingue plusieurs types de fleurs, disposées en étages successifs.    

Arum 4018

Les fleurs mâles sont vers le haut, indiquées par la flèche bleue : réduites à une masse d'étamines rougeâtres. Les fleurs femelles sont plus basses, indiquées cette fois par une flèche rouge : elles aussi sont réduites, au seul organe femelle, le pistil. Ils sont petits, rondouillards (ce sont les "boules" jaunes du bas), surmontés d'un petit plumeau blanc, le stigmate récepteur du pollen. Enfin, sur l'inflorescence se trouvent aussi des fleurs stériles, transformées en poils (flèches violettes).

Comment ça marche ? La pollinisation de l'Arum est spectaculaire ! A maturité, la spathe s'ouvre, comme un peignoir dévoilerait la baigneuse. Cela se passe en fin de journée de printemps. Dans le crépuscule naissant, le spadice prend un coup de fièvre : sa température augmente de plusieurs degrés et cet échauffement provoque l'émission de parfums par le spadice. Parfums, voilà qui est vite dit... Les substances émises et odorantes sont des amines, portant les noms évocateurs de spermine, spermidine, cadavérine... Bref ça pue pour nous, ça sent la charogne et voilà justement qui plaît aux petites mouches, à la recherche d'un cadavre pour pondre leurs oeufs, futurs asticots. 

Tous les acteurs sont maintenant en place, commençons l'histoire... Les petites mouches (qui se sont déjà faites avoir la veille au soir par un autre Arum et sont donc couvertes du pollen de celui-là) sont attirées par les odeurs suaves de l'Arum émetteur. Elles entrent dans la spathe qui s'entrouvre et glisse au fond de la coupe. Les poils (fleurs stériles) de l'entrée sont orientés vers le bas, ce qui n'empêche pas les mouches d'entrer dans la spathe en glissant sur les poils comme sur un toboggan, mais les empêche de ressortir ! Prisonnières, elles volètent toute la nuit, déposant le pollen qui les enduit sur les fleurs femelles matures, les fécondant. Les fleurs mâles, elles, ne sont pas encore matures ! (c'est un cas de protogynie : fleurs femelles matures avant les fleurs mâles). Au petit matin, les fleurs mâles sont à maturité, les petites mouches toujours actives se couvrent de ce nouveau pollen ; la spathe, le spadice et les poils fanent, l'ensemble s'ouvre et libère les insectes. Le soir suivant, un autre Arum émettra son signal parfumé et attirera à nouveau les petites mouches, toujours en quête d'un incubateur à asticots... Le pollen est ainsi transporté d'une plante à l'autre, évitant l'autofécondation, favorisant la fécondation croisée et donc le mélange des patrimoines génétiques. 

La pollinisation de l'Arum est donc complexe, codifiée par des parfums et des processus physiologiques particuliers (le coup de fièvre du spadice par exemple, thermogenèse indispensable pour volatiliser les odeurs...). Elle est le résultat d'un processus évolutif long et lent.