Overblog Suivre ce blog
Editer la page Administration Créer mon blog

Mousse, mémoire et couche-culotte !

Shagnum-66.jpgLes sphaignes sont de petites mousses bien jolies, toutes de rouge vêtues (Sphagnum sp., famille des Sphagnacées). Un seul genre dans cette famille mais de nombreuses espèces, difficiles à identifier sans un microscope et de longues années de pratique ! Tenons-nous en au genre et plongeons dans l'intimité de cette mousse pas banale.

Shagnum-27.jpgElle vit dans des zones humides, tourbeuses. Qui dit tourbe dit sphaignes. Ce sont ces mousses qui la construisent, par une lente croissance de leur partie apicale et par la faible décomposition de leurs parties mortes, l'accumulation lente mais progressive de leurs parties basales compactées. La sphaigne pousse par le haut, la tête que l'on appelle capitulum en botanique. La partie basale de la sphaigne meurt mais ne pourrit pas dans l'eau de la tourbière. La plante continue de s'allonger indéfiniment, doucement par le haut, restant toujours au contact de l'eau sous-jacente, comme une mèche dans l'huile de la lampe. Pourquoi n'y a-t-il pas de pourrissement ? Parce qu'il y a peu d'oxygène dans l'eau de la tourbière, peu de bactéries et que l'eau très froide y est en plus acide. Milieu anaérobie (pauvre en oxygène), froid, acididité... autant de conditions peu avenantes qui font que la matière organique dans ces lieux ne se décompose que très peu, très lentement... on y retrouve même parfois des corps humains momifiés et conservés pendant plusieurs millénaires par l'absence de décomposition (voir l'homme de Tollund, par exemple) ! 

Shagnum-3599.jpgLa mousse sphaigne est gorgée d'eau, à cause de ses feuilles : vues au microscope, la feuille est très mince (1 seule couche de cellules !) ; on y voit un drôle de réseau translucide. Vu de plus près, le réseau est formé de grosses cellules transparentes (l'une d'elle est mise en évidence par le contour rouge sur le cliché), percées de larges ouvertures arrondies, comme des outres aux multiples trous (ronds rouges). Ces cellules sont les hydrocystes (ou hyalocystes), cellules mortes possédant des renforcements de parois (elles apparaissent un peu rayées), ce qui les maintient ouvertes, en 3 dimensions. Elles assurent passivement (puisqu'elles sont mortes !) la mise en réserve de l'eau. Entre les hydrocystes, un mince réseau de cellules vertes assurent la photosynthèse de la feuille (ce sont leschlorocystes). Ce sont aussi ces cellules vivantes qui par leur fonctionnement acidifient l'eau de la tourbière en y recrachant des ions acides (les protons).  Sphagnum-3596-2.jpg

Par leur anatomie, les sphaignes sont de véritables éponges, capables d'absorber une grande quantité d'eau (jusqu'à 30 fois son poids). On en mettait même, fut un temps, dans les couches-culottes ! Les sphaignes sont aussi la mémoire du passé puisque, en l'absence de décomposition, on retrouve dans la tourbe les grains de pollen conservés des espèces végétales qui vivaient aux alentours de la tourbière plusieurs milliers d'années auparavant : de véritables archives du passé, lues et étudiées par les palynologues, spécialistes des pollens fossiles.