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Miniaturisation dans les bourgeons

6103MarronnierLe Koicédon du 7 mars présente une vue rapprochée d'une coupe transversale d'un bourgeon de marronnier (Aesculus hippocastanum). On y reconnait les écailles vertes qui bordent le bourgeon mais surtout les jeunes feuilles vertes. Celles-ci ressemblent à des étoiles car leur limbe (la future partie étalée de la feuille) est découpé en lobes : la feuille est dite composée, digitée, c'est-à-dire comme découpée en doigts. Chacun des lobes d'une petite feuille est "frisotté" parce qu'il n'est pas encore déployé. On compte 7 petits lobes frisés pour chaque petite feuille comme on retrouvera en général 7 grands lobes sur la feuille de marronnier adulte. Les jeunes feuilles (les ébauches foliaires) vont par deux : elles sont opposées. De plus, la paire de petites feuilles au centre du bourgeon est plus petite : elle est donc plus jeune, formée un peu après la plus grande. La disposition des deux petites feuilles est aussi opposée et on remarque que la paire a "tourné" de 90 degrés par rapport à la précédente. Les paires d'ébauches foliaires sont rangées de manière optimisée dans l'étroit espace du bourgeon ! On retrouvera évidemment cette disposition des feuilles plus tard sur la branche feuillée du marronnier (on parle de phyllotaxie opposée décussée).

marronnier 5943Si l'on compare maintenant cette disposition des ébauches sur une coupe longitudinale du bourgeon de marronnier, pas de surprise, sous les écailles brunes extérieures (coriaces et collantes : elles assurent une protection mécanique et imperméable au bourgeon) et les écailles vertes intérieures, on retrouve les jeunes ébauches foliaires, plus difficiles à reconnaître peut-être dans ce sens mais les lobes digités sont bien présents. On y voit aussi très bien la base du bourgeon, une sorte de montagne vert pâle : au faîte de cette montagne se trouve le méristème, la zone juvénile qui a fabriqué les ébauches et le bourgeon l'été dernier et qui au printemps reprend son activité de fabrication de feuilles. C'est grâce aux méristèmes que les branches de l'arbre chaque année s'allongent et se couvrent de feuilles nouvelles. On y voit aussi parfaitement une matière blanche cotonneuse, la bourre. Lorsque le bourgeon s'ouvrira au printemps, c'est cette bourre qui apparait en premier, d'où l'appellation "débourrement" pour l'ouverture des bourgeons. La bourre est constituée de longs poils blancs qui encombrent l'intérieur du bourgeon et protégent méristème et jeunes ébauches du froid de l'hiver : un parfait isolant thermique pour un duvet douillet !marronnier 6047

Enfin, si on s'amuse à couper transversalement un bourgeon (on le coupe en quelques tranches successives) de haut vers le bas du bourgeon, on peut réaliser une sorte de scanner de bourgeon !  

marronnier 6113marronnier 6098marronnier 6119De haut en bas sur les clichés, on voit d'abord au sommet du bourgeon uniquement les petits lobes frisés des limbes des feuilles noyées dans la bourre blanche, puis plus bas la coupe passe encore par des limbes digités bien visibles et 2 "ronds verts" : ce sont deux pétioles de feuilles (la "queue" des feuilles) et encore plus bas, on ne voit pratiquement plus que des pétioles en coupe et encore 2 petits limbes, la très jeune paire de feuilles.

La disposition de ces structures est toujours opposée décussée, les ébauches sont parfaitement rangées et emboîtées, feuilles miniaturisées dans un espace réduit.