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Maternité chez les plantes

poa bulbosa 1272Le pâturin vivipare (Poa bulbosa ssp vivipara, Poacées) est une herbe surprenante. Son inflorescence (un épi broussailleux) est hérissé de longues barbes vertes, qui tranchent avec la coloration violacée de ses petits épillets. Si l'on s'approche un peu, c'est l'interrogation : pas d'étamines ni de pistil dans les épillets, comme il est de mise pour toute Poacée (cf pour mémoire l'article sur une autre Poacée, Des herbes qui fleurissent ). En lieu et place des fleurs normales, l'épillet renferme cette structure verte, allongée, filiforme. Plus tard, elle tombera au sol et si les conditions sont favorables, s'enracinera pour redonner une plante entière... Mais alors, ces structures allongées chlorophylliennes sont des bébés ? De jeunes rejetons de pâturin ? En effet, elles se sont développées sur la plante-mère qui les a nourries, telle une mère pour ses enfants. Habituellement, une plante fabrique et nourrit des graines, pas des plantes... C'est que cette sous-espèce est vivipare, comme nous le sommes pour nos bébés !

 

Polygonum-viviparum-6256-copie-1.jpgCette relation de mère à fils est plutôt rare chez les végétaux, habitués à ne lâcher dans la nature que des graines, c'est-à-dire la nouvelle génération endormie, emballée dans des peaux protectrices et équipée de son bagage nutritionnel. Pas de croissance intempestive des plantules sur les plantes-mères, tout le monde est prié de se développer plus loin ! Et pourtant, on rencontre ce type de relation dans des conditions de vie difficiles. Le pâturin vivipare se rencontre sur les rocailles et les vieux murets, où l'eau est rare et l'ensoleillement cruel. Dans les Alpes, on peut aussi admirer une autre espèce vivipare, habituée de l'altitude et des froids précoces : la renouée vivipare (Polygonum viviparum, Polygonacées). L'épi de petites fleurs blanches, classiques, se distingue à sa base en portant non pas des fleurs, mais des bulbilles, de petites plantules en devenir (flèches noires). Pas des fruits ni des graines, mais déjà des bébés-plantes qui sont se développent sur la plante-mère. Leur émission dans le milieu fait gagner du temps en shuntant la germination de la graine, et le succès de la nouvelle génération déjà grandie est meilleur. 

 

 

 

 

 

 

Mais alors, ce dactyle desséché (Dactylus glomerata, Poacées), qui semble reprendre vie en développant sur ses épis morts quelques feuilles vertes ? Est-ce aussi de la viviparité ? Et bien non ! cela y ressemble, mais cette plante photographiée en fin de saison est belle et bien morte ! Il n'y a donc pas de relation nutritionnelle possible entre la plante et les bébés verdissants, donc pas de viviparité. Ce phénomène, observé sur une plante poussant en bord de ruisseau, est lié aux conditions d'humidité favorables : les graines contenus dans les épis sont capables de germer et de se développer sur l'épi qui leur a donné naissance, parce que l'hygrométrie de l'air est particulièrement élevée. N'est pas vivipare qui veut !Dactyle germé 707