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des arbres dans le vent

Les plantes sont soumises en permanence aux facteurs de l’environnement, sans pouvoir prendre leurs jambes à leur cou et fuir ! Elles doivent faire face aux contraintes du milieu, parfois bien rudes. Leur secret pour résister et tenir ? Leur plasticité développementale !

anémomorphose 1

 Qu’est-ce que c’est, la « plasticité développementale » ?

C’est la capacité qu’ont les plantes d’adapter leur développement aux contraintes du milieu. Par exemple, lorsqu’un arbre pousse en permanence sous des vents dominants violents, par exemple en bord de mer, ou au sommet d’un volcan comme ici ce pin au sommet du Puy de Pariou en Auvergne, sa forme est particulière : son port (son allure) est en drapeau. En effet, son houppier, l’ensemble de ses branches feuillues, pousse dans une seule direction et forme une masse déportée par rapport au tronc, comme un drapeau flottant dans le vent. La forme de l’arbre semble modelée par le vent : le houppier ne se développe que sous le vent et aucune branche ne pousse dans le sens inverse, c’est-à-dire face au vent. Un tel développement est le résultat d’une anémomorphose, littéralement « acquisition de la forme par le vent ».

L’anémomorphose est un processus réversible : si l’on prélève des graines du pin du Puy de Pariou et qu’on les sème en plaine, dans un jardin bien abrité du vent à Clermont-Ferrand, les petits pins seront bien droits, avec des branches développées de manière harmonieuse. Le port de ces arbres sera normal et non pas anémomorphosé. L’anémomorphose n’est donc pas un processus inscrit dans le patrimoine génétique, transmissible à la descendance, mais plutôt une réponse de croissance de l’arbre face aux contraintes extrêmes du milieu, ou pour le dire autrement, une plasticité de son développement qui conduit à la mise en place d’une forme de houppier offrant moins de surface à la bise et donc moins de probabilité de casse au vent, globalement une forme plus adaptée au vent. On parle en fait d’accomodation de l’arbre au vent, dans ce cas, et non pas d’adaptation (qui, elle, est transmissible à la descendance).

anémomorphose 2

 

Si ce ne sont pas les gènes qui dictent la forme du pin du Pariou, comment expliquer la mise en place de son port en drapeau, comment expliquer les mécanismes de l’anémomorphose ?

En simplifiant, le vent est un facteur desséchant puissant : tous les bourgeons situés face au vent sur les branches sont desséchés et meurent. Ils ne peuvent donc assurer la croissance des branches face au vent et seuls les bourgeons situés sous le vent, sur la face abritée des branches, peuvent se développer et mettre en place des branches. En conséquence, le houppier se développe majoritairement dans une seule direction, celle des vents dominants.

Ainsi la forme des arbres parle ! Elle raconte l’environnement et les contraintes du milieu qui modèlent la croissance !

 anémomorphose 4Entraînons-nous à décrypter les formes

Sur le cliché ci-dessus, pris en montagne à 2000 m d’altitude dans les Alpes, on voit un jeune arbre dont la base est bien touffue alors que le tronc, dans la partie supérieure de l’arbre, est dégarni d’un côté et porte de l’autre côté des branches bien serrées.

Cette forme s’explique par une anémomorphose de la partie supérieure de l’arbre (sur la photo, les vents dominants arrivent par la gauche de l’arbre et ont provoqué un port en drapeau vers la droite) et ensuite par la présence d’un manteau neigeux épais pendant l’hiver qui protège la base de l’arbre des vents glaciaux de l’hiver. Au printemps, les bourgeons protégés par l’épaisseur de neige durant l’hiver et donc non desséchés par le vent, reprennent leur croissance et mettent en place les branches au pied de l’arbre.