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De la mutilation des arbres

ct TRONC-copie-1C’est fait en quoi, l’écorce d’un arbre ? Le tronc de l’arbre (ici un tronc de pin en coupe transversale, Pinus sp.), mais aussi ses branches et ses grosses racines, est recouvert de LIEGE, un matériau souple et léger, mort et rempli d’air. A sa base se trouve une fine pellicule de tissu vivant qui le fabrique : on baptise ce tissu éternellement jeune, ce méristème, du nom d’assise subéro-phellodermique. On appelle périderme cet ensemble liège + assise, ce que les gens appellent communément l’écorce.

 
montage chêne-liègeSi le méristème est très actif, la couche de liège peut être très épaisse comme chez le chêne-liège (Quercus suber, Fagacées) : dans les subéraies (les forêts de chêne-liège méditerranéennes), on découpe périodiquement ce liège en plaque pour y tailler les bouchons de bouteilles de vin. Le liège peut être alors très crevassé.

liège merisierA l’inverse, le liège peut être peu épais, lisse et rougeâtre comme chez le merisier (Prunus avium, Rosacées). Il est aussi spectaculaire chez le platane où il se détache par plaques, ou bien chez le bouleau blanc où il se détache en lanières…Dans tous ses exemples, le liège (ou périderme) assure la protection mécanique (contre les chocs), thermique (contre le froid) voire même contre le feu (cas du liège épais des chênes-liège).
 
L’intérieur du tronc est entièrement occupé par le BOIS, tissu rigide et résistant, responsable du port érigé de l’arbre, mais aussi responsable de la circulation du flux d’eau dans l’arbre. L’eau du sol entre au niveau des racines et circule jusqu’au sommet de l’arbre, aspirée fortement par l’évaporation de l’eau au niveau de chaque feuille. Seul le bois d’aubier est le bois fonctionnel : il est le bois vivant, capable de mettre en réserves des sucres sous forme d’amidon. Ces sucres seront utilisés au printemps suivant, énergie nécessaire à l’ouverture des bourgeons. Le bois de cœur est le plus ancien, il est complètement mort : plus de circulation d’eau ni de stockage de sucres. Entre les deux tissus bois et liège se trouve une fine épaisseur de LIBER, le deuxième tissu conducteur de sève de l’arbre : juste sous le liège, à la périphérie du tronc coule la sève sucrée, celle qui vient des feuilles et alimente les branches en croissance, les fruits en train de mûrir, le bois qui se remplit doucement de réserves pour le printemps à venir.
Là encore, c’est une fine de pellicule de tissu vivant, encore un méristème appelé cambium, qui produit le bois vers l’intérieur du tronc et le liber vers l’extérieur. Le cambium se trouve donc coincé entre le bois et le liber, plutôt à la périphérie du tronc.  
 
blessureLorsque le tronc est blessé, par un bête couteau suisse tenu par un ou deux amoureux inconscients, la lame peut atteindre l’un des deux, voire les deux méristèmes, puisque ces deux pellicules vivantes très fines et très fragiles sont très proches de la périphérie du tronc. Le liber, et même le bois se retrouvent à vif, à l’air libre. C’est alors une porte ouverte à tous les microorganismes qui pullulent…
bourrelet cicatriciel 2Un mécanisme de cicatrisation se met en route : c’est le liège lui-même qui en proliférant à partir des bords de la blessure permet de « reboucher » le trou… encore faut-il que le trou ne soit pas trop béant ! Il n’est pas rare d’observer autour d’une blessure ancienne, ou à la place d’une branche tombée foudroyée par l’orage, un bourrelet cicatriciel de liège qui diminue l’ouverture de la blessure.
 
montage pancartesC’est aussi grâce à cette prolifération de liège induite par la blessure que les arbres « pancartivores » avalent sans vergogne les pancartes plantées cruellement dans leur liège…Digestion difficile et bien longue mais dont l’arbre sort inexorablement vainqueur !