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Crêtes du Galibier : la vie à tout prix

Lorsqu'on est plante, on ne peut fuir les lieux où l'on vit. Autant alors bien choisir son coin ! Cependant la végétation s'installe partout sur les terres émergées, et ce même à des altitudes peu raisonnables pour un être vivant comme les crêtes du Galibier, surplombant le col légendaire. Au dessus de 2600 m d'altitude, c'est l'étage alpin, dépourvu d'arbres, incapables de faire face aux vents et au froid mordant. Pas de plantes? Baissez les yeux, le monde minéral des crêtes s'anime ça et là de quelques touffes vertes ou colorées. Les plantes alpines sont installées et résistent à tout... Ce sont les orophytes, littéralement, "plantes de montagne".

Androsace helvetica 2Pour vivre au chaud, vivons petit, vivons serré ... Les plantes de haute montagne sont naines, basses, proches du sol afin d'en retirer la moindre radiation de chaleur au cours ses nuits d'été, frisquettes. De cette hauteur, elles affrontent aussi plus facilement les vents qui ébouriffent les crêtes. Beaucoup d'entre elles vivent en coussins serrés, leurs tiges courtes accolées les unes aux autres, comme les manchots se serrent les uns contre les autres sur la banquise : on a ainsi mesuré de grandes différences de température entre le coeur du coussin et l'air extérieur. Ainsi fait l'androsace helvétique (Androsace helvetica, Primulacées) dont la contemplation est aussi émouvante car c'est une belle plante rare, que dangereusecar elle s'accroche à des parois vertigineuses... 

Achillea nanaLes poils feutrant la plupart des plantes de ces milieux sont encore un moyen de lutter contre le froid, en emprisonnant une couche d'air tempérée sous le duvet, ainsi que le fait la fourrure d'un animal. Les poils permettent aussi de lutter contre la déshydratation, accentuée par les vents desséchants d'altitude. Enfin, leur présence argentée provoque la réflexion des ultra-violets, en grande quantité en altitude et dont la présence est nocive pour les cellules vivantes de la plante. L'achillée naine (Achillea nana, Astéracées) est ainsi petite et velue. Elle a bien un air de famille avec l'achillée millefeuille déjà présentée (voir l'article et la page La Botanique amusante du lundi : Tromperie sur la marchandise ! ) mais elle est beaucoup plus petite et blanche de poils.  

 

 

 

 

 

Geum reptansComment tenir sur un éboulis de haute altitude, dont les pierres peu stables roulent à la moindre intempérie, suite à la désorganisation de la pierre favorisée par les alternances gel/dégel se produisant entre la nuit et le jour ? Comment ne pas périr ensevelie ou tout bonnement arrachée au maigre sol qui a permis de se développer ? Un seul secret, s'accrocher ! C'est ce que fait la benoîte rampante (Geum reptans, Rosacées), encore une fois plaquée au sol, et pourvue de longues tiges rougeâtres, rampantes au sol, des stolons, lui permettant de se répandre dans le milieu et de bourgeonner plus loin. Linaria alpinaEnfin, un autre problème de taille à de telles altitudes : se reproduire et fabriquer des graines. La période favorable à la reproduction sexuée est courte et les pollinisateurs peu nombreux ! Il faut alors être compétitive par rapport aux copines ! Faire des fleurs colorées, voyantes pour avoir une chance d'être visitée par le rare hyménoptère s'aventurant si haut. La linaire des Alpes (Linaria alpina, Scrophulariacées) fait partie de ces belles plantes fleuries d'altitude, arborant un haut contraste de couleurs (violet avec de belles taches oranges) et produisant le nectar convoité par le pollinisateur et stocké dans son éperon.